
François COCHARD
Avec le eShel III, repoussons les limites
Le spectroscope eShel III est l’un des instruments majeurs de la gamme de Shelyak Instruments. C’est la troisième génération de cet instrument qui allie la haute résolution et une grande étendue spectrale.
Cet instrument a deux caractéristiques particulières.
D’abord, c’est un spectroscope basé sur un réseau Echelle, qui travaille à des ordres très élevés. C’est ce qui lui confère sa haute résolution, malgré un nombre de traits par millimètre relativement modeste. Ces ordres sont dispersés par un prisme (appelé le disperseur croisé), orthogonalement à la direction de la première dispersion. C’est cette configuration optique très astucieuse (les opticiens sont des inventeurs incroyables) qui donne l’image caractéristique d’un spectro Echelle (cf fig. X), avec de nombreux ordres qui se lisent comme les lignes d’un livre (la fin d’une ligne se poursuite sur la ligne suivante).
Le eShel III franchit un cap qui nous semblait impossible il y a encore quelques années : il intègre un objectif calculé spécifiquement pour cette application. Cela permet des améliorations sensibles, au-delà de nos espérances initiales. La focale est optimisée pour occuper au mieux le capteur retenu pour le eShel III (IMX571). Le diamètre des lentilles est optimal pour annuler quasi-totalement le vignettage (pas de perte de lumière, même dans les extrémités des ordres extrêmes). Et surtout, la gestion du chromatisme (ainsi que le traitement anti-réflexion) est optimisée pour étendre encore les ordres exploitables.
Vous avez probablement constaté que la caméra du eShel III est inclinée (d’environ 15°) par rapport à l’axe de l’objectif. C’est l’effet le plus visible de la gestion du chromatisme* (*note : le chromatisme est une aberration optique qui fait que toutes les couleurs ne sont pas focalisées dans le même plan).
Comme dans une image eShel les ordres rouges sont d’un côté du capteur et les ordres bleu de l’autre, on peut utiliser cette inclinaison pour corriger le chromatisme. C’est clairement cet angle de la caméra qui permet de gagner plusieurs ordres dans le rouge et dans le bleu.
On pourrait penser que gagner quelques ordres dans le rouge et le bleu est anecdotique sur le plan scientifique. C’est en fait beaucoup plus important que ça : le bleu et le proche UV sont le domaine des hautes énergies (novae & supernovae, étoiles cataclysmiques, explosion et chocs). A l’opposé, le rouge et le proche IR sont le domaine de la matière froide (matière interstellaire, comètes, nébuleuses). Le domaine visible tel qu’on le connaît sur terre est fortement lié au domaine d’émission du Soleil. Etendre les observations dans le bleu (UV) et le rouge (IR), c’est fortement étendre les domaines d’études des autres objets de l’univers.
Deux versions : manuelle et motorisée
Nous avons profité de cette maîtrise complète de l’objectif pour en proposer deux versions mécaniques. La première est manuelle (comme l’était le eShel II), la seconde est motorisée. Ces deux versions correspondent à des usages bien distincts
Si vous observez à côté du télescope, la version manuelle est probablement la plus adaptée (image de gauche). Le réglage de mise au point est fait en tournant la bague de l’objectif. Notez simplement ici que la bague de focalisation est sensiblement plus douce que celle du eShel II ; il est plus facile de faire une focalisation très précise. Bien entendu, cette version est aussi la moins onéreuse.
Si vous travaillez à distance (que ce soit à quelques mètres du télescope ou à des milliers de kilomètres – le cas est de plus en plus courant – alors la version motorisée aura votre préférence. Vous pourrez alors faire une mise au point fine au travers de votre ordinateur. Nous avons fait le choix d’un focuser PrimaLuceLab qui est non seulement très précis, mais qui peut être contrôlé de multiples manières (USB, wifi, ethernet, ASCOM ou INDI…)
Mise à jour de eShel II vers eShel III
L’annonce du eShel III s’accompagne d’une nouvelle version de Demetra (le version 9), pour prendre en compte les ordres extrêmes. Avec cette version de Demetra, vous pourrez traiter les ordres 27 à 59, soit un domaine de longueurs d’ondes compris entre 379 à 853 nm.
De toute évidence, les images eShel III offrent quelques ordres exploitables supplémentaires (disons de 22 à 62, soit 360 à 1.000 nm). Mais la méthode d’étalonnage en longueur d’onde utilisée par Demetra (qui s’appuie sur une lampe au Thorium) montre là ses limites : il n’y a plus assez de raies du Thorium dans ces ordres extrêmes ! Nous avons quelques pistes à explorer pour contourner ces limites et étendre encore les possibilités du eShel III, mais ça prendra un peu de temps.
C’est pour nous une grande joie et une grande fierté : le premier exemplaire commercial du eShel III a été installé à l’Observatoire de Haute Provence (OHP) sur un télescope de 1m de diamètre, avec pour objectif premier la formation des étudiants.
L’OHP est l’observatoire où a été découverte la première exoplanète par Michel Mayor et Didier Queloz en 1995 (cette découverte leur a valu le Prix Nobel de Physique en 2019). Mais c’est également à l’OHP que nous avons organisé chaque été la « Spectro Star Party », rencontre entre astronomes amateurs (avec toujours quelques professionnels) autour de la spectroscopie. Une rencontre magique qui nous a apporté de nombreux et merveilleux souvenirs.
